Les brûlures d’estomac et remontées acides affectent près de 30% de la population occidentale de manière récurrente. Parmi les solutions disponibles en pharmacie, le Gaviscon occupe une place privilégiée dans l’arsenal thérapeutique contre le reflux gastro-œsophagien. Ce médicament antacide, disponible sans ordonnance, suscite de nombreuses interrogations : son efficacité est-elle réellement prouvée ? Comment agit-il concrètement sur les symptômes digestifs ? Quelles différences existe-t-il entre les différentes formulations disponibles ? Cette analyse approfondie examine les données cliniques, pharmacologiques et les retours d’expérience pour vous permettre d’évaluer objectivement les bénéfices et limites de ce traitement largement prescrit et utilisé en automédication.

Composition pharmaceutique du gaviscon : alginate de sodium et mécanisme d’action anti-reflux

Le Gaviscon se distingue des antacides classiques par sa composition unique associant plusieurs principes actifs complémentaires. La formule standard contient 500 mg d’alginate de sodium, 267 mg de bicarbonate de sodium et, selon les présentations, 160 mg de carbonate de calcium par unité de prise. Cette combinaison pharmaceutique n’a pas été élaborée au hasard : chaque composant remplit une fonction spécifique dans la neutralisation et la prévention du reflux gastrique. L’alginate de sodium, extrait d’algues brunes, constitue l’ingrédient innovant qui confère au Gaviscon son mécanisme d’action particulier, le différenciant nettement des simples antacides traditionnels à base d’hydroxyde d’aluminium ou de magnésium.

Rôle de l’alginate de sodium dans la formation du radeau protecteur gastrique

L’alginate de sodium représente le principe actif majeur du Gaviscon. Au contact du liquide acide gastrique, cet additif alimentaire (référencé E401) subit une transformation chimique remarquable : il précipite pour former un gel visqueux et mousseux d’une densité inférieure à celle du contenu stomacal. Ce gel flotte littéralement à la surface du bol alimentaire, créant ce que les pharmacologues appellent un « radeau protecteur ». Cette barrière physique persiste pendant 2 à 4 heures après l’ingestion, offrant une protection mécanique contre les remontées de liquide gastrique dans l’œsophage. Lors d’un épisode de reflux, ce radeau d’alginate remonte en premier, s’interposant entre le contenu acide et la muqueuse œsophagienne sensible, neutralisant ainsi l’acidité tout en limitant le contact irritant.

Bicarbonate de sodium et carbonate de calcium : neutralisation immédiate de l’acidité

Le bicarbonate de sodium et le carbonate de calcium complètent l’action de l’alginate par leur pouvoir antacide direct. Ces composés alcalins neutralisent rapidement l’acide chlorhydrique gastrique selon une réaction chimique simple : ils réagissent avec l’acide pour former des sels, de l’eau et du dioxyde de carbone. Cette neutralisation s’effectue en quelques minutes, procurant un soulagement rapide des sensations de brûlure. Le CO2 libéré contribue d’ailleurs à la formation de bulles qui renforcent la flottabilité du gel d’alginate. Contrairement aux inhibiteurs de la pompe à protons qui diminuent la production acide, ces antacides n’interfèrent pas avec les mécanismes physiologiques de sécrétion gastrique, ce qui explique leur action immédiate mais temporaire.

Différences

Différences galéniques entre gaviscon suspension, comprimés à croquer et sachets

Si le mécanisme d’action du Gaviscon repose toujours sur l’association alginate de sodium / bicarbonate de sodium (avec ou sans carbonate de calcium), la forme galénique choisie influence nettement le confort d’utilisation et parfois la rapidité de soulagement. La suspension buvable, en flacon ou en sachet-dose, est déjà sous forme liquide : elle se répartit rapidement à la surface du contenu gastrique et forme très vite le gel protecteur. Cette présentation est souvent préférée chez les patients ayant des difficultés à avaler ou recherchant un effet perçu comme plus rapide.

Les comprimés à croquer, aromatisés (le plus souvent à la menthe), présentent l’avantage d’être faciles à transporter et discrets à prendre en dehors du domicile. Ils doivent toutefois être soigneusement mâchés avant d’être avalés, afin de permettre la libération homogène des principes actifs et la formation optimale du « radeau » gastrique. Les sachets de gel prêts à l’emploi représentent un compromis intéressant : ils combinent la praticité nomade des comprimés avec la texture liquide de la suspension, tout en garantissant une dose exacte à chaque prise, ce qui limite les erreurs de posologie.

Concentration en principes actifs : comparaison gaviscon classique vs gaviscon pro

La gamme Gaviscon comprend plusieurs spécialités dont les concentrations en alginate et en antacides diffèrent légèrement, ce qui peut prêter à confusion. Les formulations classiques en comprimés à croquer ou en suspension buvable adulte contiennent généralement 500 mg d’alginate de sodium et 267 mg de bicarbonate de sodium par unité de prise, associés ou non à 160 mg de carbonate de calcium. Gaviscon Pro, souvent présenté sous forme de sachets-dose de suspension buvable menthe sans sucre, est conçu pour offrir une densité et une viscosité optimisées du gel, avec des quantités d’alginate et de bicarbonate ajustées pour renforcer l’effet barrière.

En pratique, la différence la plus perceptible pour le patient tient moins à la seule concentration qu’à la texture du produit et à la persistance de la couche protectrice après la prise. Certaines études pharmacotechniques montrent que les formulations « Pro » ou équivalentes génériques peuvent produire un gel plus homogène et plus stable à la surface du bol alimentaire, ce qui améliore la protection œsophagienne en cas de reflux répétés. Sur le plan réglementaire, la distinction la plus concrète pour l’usager reste cependant le statut de remboursement : certaines références Gaviscon sont remboursées partiellement, d’autres (dont Gaviscon Pro) relèvent du conseil officinal sans remboursement, ce qui peut influencer le choix en fonction du budget.

Efficacité clinique du gaviscon dans le traitement du reflux gastro-œsophagien

L’évaluation objective de l’efficacité du Gaviscon ne peut se limiter aux avis d’utilisateurs, même s’ils sont nombreux et globalement positifs. Depuis une vingtaine d’années, plusieurs essais cliniques randomisés et études observationnelles ont comparé les alginates antireflux aux antiacides simples et aux inhibiteurs de la pompe à protons (IPP) dans le reflux gastro-œsophagien (RGO) non compliqué. L’objectif : mesurer la rapidité de soulagement des brûlures d’estomac, la réduction des régurgitations acides et l’impact sur la qualité de vie digestive au quotidien.

Globalement, les données disponibles montrent que le Gaviscon apporte un soulagement significatif des pyrosis légers à modérés, notamment lorsqu’ils surviennent après les repas ou en position allongée. Son action mécanique de « pansement gastrique » semble particulièrement intéressante pour les patients dont les symptômes sont dominés par les remontées acides plutôt que par une hyper-sécrétion acide permanente. Pour autant, ce traitement n’a pas vocation à se substituer aux IPP dans les formes sévères ou compliquées de RGO, mais plutôt à occuper une place stratégique dans la prise en charge des formes occasionnelles ou comme complément ponctuel.

Études randomisées sur le soulagement des pyrosis et régurgitations acides

Plusieurs essais randomisés en double insu ont comparé des formulations à base d’alginate (comme Gaviscon) à des antiacides classiques ou à un placebo chez des patients souffrant de brûlures d’estomac fréquentes. Dans ces études, le pourcentage de patients rapportant un soulagement significatif des symptômes dans les 30 à 60 minutes suivant la prise est régulièrement supérieur dans les groupes alginate, avec des taux de réponse de l’ordre de 60 à 70 %, contre 30 à 40 % pour le placebo. Les régurgitations acides, en particulier celles survenant en décubitus, semblent mieux contrôlées par Gaviscon que par un simple neutralisant acide.

Une méta-analyse de la littérature, bien que limitée par l’hétérogénéité des protocoles, confirme cette tendance : les préparations à base d’alginate réduisent plus efficacement la fréquence et l’intensité des épisodes de reflux symptomatiques que les antiacides non alginates, à posologie équivalente. Pour le patient, cela se traduit par une diminution des brûlures derrière le sternum, une réduction des remontées acides dans la gorge et moins de réveils nocturnes liés au RGO. Ces résultats confortent la place du Gaviscon comme traitement de première ligne dans le reflux gastro-œsophagien occasionnel.

Délai d’action et durée de protection : analyse pharmacocinétique du gaviscon

Sur le plan pratique, on attend d’un médicament contre les brûlures d’estomac qu’il agisse vite et suffisamment longtemps pour couvrir une phase de digestion ou une nuit de sommeil. Les études de pharmacodynamie montrent que le Gaviscon commence à former son radeau protecteur dans les minutes qui suivent l’ingestion, avec un délai d’action clinique généralement ressenti entre 5 et 15 minutes. C’est là un avantage net par rapport aux IPP, dont l’effet optimal nécessite souvent 2 à 3 jours de prise continue.

La durée de protection offerte par le gel d’alginate est estimée entre 2 et 4 heures, en fonction du volume du repas et de la vitesse de vidange gastrique. Concrètement, cela suffit pour couvrir l’essentiel de la digestion d’un repas standard ou pour limiter les remontées acides en début de nuit, surtout si la prise de Gaviscon est effectuée juste après le repas ou au coucher. On peut comparer ce mode d’action à un « couvercle » posé sur une casserole en ébullition : il n’empêche pas l’eau de bouillir (la sécrétion acide se poursuit), mais il évite qu’elle déborde à l’extérieur.

Taux de réussite dans l’œsophagite peptique de grade A et B selon la classification de los angeles

L’œsophagite peptique correspond à une inflammation de la muqueuse de l’œsophage provoquée par les reflux acides répétés. La classification de Los Angeles distingue plusieurs grades de sévérité, de A (lésions superficielles limitées) à D (érosions circonférentielles étendues). Dans les formes légères (grades A et B), certains travaux ont évalué les alginates comme Gaviscon en monothérapie ou en association à des IPP.

Les résultats suggèrent que, seuls, les alginates permettent une amélioration symptomatique dans une proportion importante de cas (jusqu’à 60–70 % de patients rapportant une diminution marquée des brûlures), mais la cicatrisation endoscopique complète des lésions est moins fréquente qu’avec un traitement par IPP standard. En revanche, en complément d’un IPP chez des patients fortement symptomatiques ou en phase de sevrage d’IPP, le Gaviscon améliore nettement le confort et réduit les récidives de pyrosis. On peut ainsi l’envisager comme un outil utile dans la prise en charge globale de l’œsophagite légère, sans toutefois le considérer comme le traitement de référence lorsque des lésions sont objectivées.

Comparaison avec les inhibiteurs de la pompe à protons : oméprazole et pantoprazole

Oméprazole, pantoprazole et autres IPP agissent en bloquant la pompe à protons des cellules pariétales gastriques, réduisant profondément et durablement la sécrétion d’acide. Le Gaviscon, lui, n’intervient pas sur la production d’acide mais sur ses conséquences mécaniques, en empêchant le reflux et en neutralisant localement l’acidité en surface. Cette différence de mécanisme explique que les IPP soient plus efficaces pour traiter un RGO sévère ou compliqué, tandis que Gaviscon est mieux adapté aux brûlures d’estomac occasionnelles ou aux régurgitations isolées.

Dans les études comparatives, les IPP dépassent largement les alginates en termes de cicatrisation des œsophagites et de prévention des récidives à long terme. En revanche, en termes de rapidité de soulagement ponctuel des pyrosis, Gaviscon peut rivaliser avec eux, surtout lorsqu’il est utilisé de manière ciblée après un repas à risque. Une stratégie fréquemment proposée consiste à réserver les IPP aux symptômes fréquents (plus d’une fois par semaine) ou sévères, et à utiliser Gaviscon en automédication pour les épisodes isolés ou en complément en cas de « percées acides » malgré un traitement de fond.

Indications thérapeutiques validées et cas d’utilisation du gaviscon

Les indications du Gaviscon sont bien encadrées par les autorités de santé et les résumés des caractéristiques des produits (RCP). Il est principalement destiné au traitement symptomatique du reflux gastro‑œsophagien se traduisant par des brûlures d’estomac, des régurgitations acides ou des aigreurs. Mais dans la pratique, ce médicament est aussi utilisé dans d’autres situations digestives courantes, parfois à la limite de ses indications officielles. Il est donc utile de clarifier dans quels cas le recours à Gaviscon est pertinent, et dans quels contextes il montre ses limites.

On peut notamment distinguer trois grands scénarios cliniques où l’utilisation de Gaviscon est fréquente : le reflux occasionnel post‑prandial ou nocturne chez l’adulte, les brûlures d’estomac pendant la grossesse, et certains tableaux de dyspepsie ou de gastrite fonctionnelle. Dans chacun de ces cas, les attentes ne sont pas les mêmes et la stratégie thérapeutique doit être adaptée, en gardant en tête que l’automédication a ses frontières et qu’une consultation médicale s’impose en cas de symptômes persistants.

Reflux gastro-œsophagien occasionnel post-prandial et nocturne

Le profil typique du patient pour lequel Gaviscon est particulièrement utile est celui qui présente des brûlures d’estomac après des repas copieux, riches en graisses, ou en se couchant trop vite après dîner. Les remontées acides nocturnes, accompagnées parfois d’une toux sèche ou d’un goût amer en bouche, font également partie des symptômes fréquemment soulagés par ce traitement. Dans ce contexte, le Gaviscon agit comme un véritable « bouclier » post‑prandial.

Les recommandations pratiques sont claires : prendre Gaviscon après les repas (et éventuellement au coucher) permet de recouvrir le bol alimentaire et de limiter les épisodes de reflux lorsque l’estomac est plein. Si vous savez qu’un repas risque d’être lourd ou tardif, anticiper la prise juste après ce repas peut diminuer la probabilité de pyrosis nocturne. En revanche, si les brûlures d’estomac deviennent quasi quotidiennes ou s’accompagnent d’autres signes d’alerte (perte de poids, dysphagie, vomissements), le recours exclusif à Gaviscon ne suffit plus : une évaluation médicale et, souvent, une endoscopie sont indiquées.

Brûlures d’estomac pendant la grossesse : sécurité et recommandations obstétricales

La grossesse est une période où le reflux gastro‑œsophagien est particulièrement fréquent : près de 50 à 80 % des femmes enceintes rapportent des brûlures d’estomac au cours du troisième trimestre. Les modifications hormonales (relaxation du sphincter inférieur de l’œsophage) et la pression mécanique de l’utérus gravide sur l’estomac favorisent les remontées acides. Dans ce contexte, la sécurité d’utilisation des médicaments est un critère déterminant, et Gaviscon bénéficie d’un bon profil.

Les données disponibles et l’expérience clinique de longue date montrent que les préparations à base d’alginate et de bicarbonate de sodium sont présumées sans danger pendant la grossesse, lorsqu’elles sont utilisées aux doses recommandées. Elles ne passent quasiment pas dans la circulation sanguine, agissant localement dans l’estomac, ce qui limite le risque pour le fœtus. De nombreux obstétriciens recommandent ainsi Gaviscon comme traitement de première intention des brûlures d’estomac de la femme enceinte, avant d’envisager, si nécessaire, un IPP sur prescription. Il reste toutefois prudent de demander l’avis de sa sage‑femme, de son médecin ou de son pharmacien avant de débuter le traitement, surtout en cas de pathologie rénale ou de régime désodé strict.

Gastrite aigüe et dyspepsie fonctionnelle : limites d’efficacité du gaviscon

En dehors du RGO, certaines personnes présentent des douleurs épigastriques, une sensation de lourdeur, des nausées ou des ballonnements, regroupés sous le terme de « dyspepsie ». Lorsque ces symptômes sont liés à une gastrite aiguë (infection, prise d’anti‑inflammatoires, alcool), la pathologie sous‑jacente dépasse le simple reflux acide. Dans ces situations, Gaviscon peut apporter un soulagement partiel en diminuant l’acidité ressentie, mais il ne traite pas la cause inflammatoire de la muqueuse gastrique.

De même, dans la dyspepsie fonctionnelle, où aucun ulcère ni reflux significatif ne sont mis en évidence à l’endoscopie, le rôle de Gaviscon est limité. Il peut être essayé de manière ponctuelle en complément de mesures hygiéno‑diététiques (fractionnement des repas, réduction des graisses, arrêt du tabac), mais son efficacité reste relativement modeste sur les symptômes de pesanteur ou de plénitude post‑prandiale. Si les douleurs persistent ou s’aggravent malgré une utilisation correcte du médicament pendant une semaine, il est impératif de consulter afin d’écarter une pathologie plus sérieuse comme un ulcère ou, plus rarement, un cancer gastrique.

Contre-indications et interactions médicamenteuses du gaviscon

Comme tout médicament actif sur le tube digestif, le Gaviscon n’est pas dénué de contre-indications ni de précautions d’emploi. Même si son action est essentiellement locale, certains composants (notamment le sodium et le calcium) peuvent poser problème chez des patients fragiles, en particulier ceux souffrant d’insuffisance rénale, d’insuffisance cardiaque ou suivant un régime hyposodé strict. Par ailleurs, la capacité du Gaviscon à modifier le pH gastrique et à tapisser la muqueuse peut interférer avec l’absorption de nombreux médicaments pris simultanément.

Avant d’instaurer une prise régulière de Gaviscon, surtout si vous prenez déjà plusieurs traitements chroniques, il est donc important d’aborder le sujet avec votre médecin ou votre pharmacien. Un simple ajustement d’horaire de prise ou la surveillance de certains paramètres biologiques (comme la calcémie) peut suffire à sécuriser l’utilisation. À l’inverse, méconnaître ces interactions peut conduire à une perte d’efficacité de médicaments essentiels, comme certains antibiotiques ou traitements de la thyroïde.

Hypersensibilité aux alginates et restrictions chez les patients phénylcétonuriques

Une première contre-indication, certes rare mais à connaître, concerne l’hypersensibilité à l’un des composants de Gaviscon, en particulier l’alginate de sodium ou les excipients (parahydroxybenzoates, arômes, etc.). Des cas isolés de réactions allergiques ont été décrits, se manifestant par de l’urticaire, un bronchospasme voire, exceptionnellement, un choc anaphylactique. En présence d’antécédents d’allergie médicamenteuse ou d’asthme instable, la prudence s’impose et toute réaction inhabituelle après la prise doit conduire à arrêter le traitement et à consulter en urgence.

Certains comprimés à croquer de Gaviscon contiennent de l’aspartam, édulcorant artificiel source de phénylalanine. Ils sont donc contre-indiqués chez les patients atteints de phénylcétonurie, une maladie génétique rare nécessitant un contrôle strict des apports en phénylalanine. Dans ce cas précis, il est préférable d’opter pour une suspension buvable ou une autre spécialité dépourvue d’aspartam. Enfin, la présence notable de sodium dans plusieurs formulations impose d’être vigilant chez les patients devant suivre un régime désodé strict, comme ceux souffrant d’hypertension artérielle sévère ou d’insuffisance cardiaque.

Insuffisance rénale sévère : risque d’hypercalcémie et hypernatrémie

Chez les personnes présentant une insuffisance rénale modérée à sévère, le métabolisme et l’excrétion de certains ions (sodium, calcium) sont perturbés. Or, Gaviscon apporte des quantités non négligeables de sodium, et, selon les présentations, de carbonate de calcium. En cas de fonction rénale altérée, ces apports peuvent favoriser une hypernatrémie (excès de sodium dans le sang) ou une hypercalcémie, avec à la clé des symptômes tels que fatigue, confusion, troubles du rythme cardiaque ou douleurs osseuses.

C’est pourquoi les spécialités Gaviscon nourrisson sont contre-indiquées chez les enfants présentant un dysfonctionnement rénal connu ou suspecté, et qu’une grande prudence est recommandée chez l’adulte insuffisant rénal. Dans ce contexte, l’utilisation de Gaviscon ne doit jamais se faire sans avis médical, et la posologie doit être strictement respectée. Parfois, d’autres options thérapeutiques (adaptation de l’IPP, modification du régime alimentaire, changement de molécule) seront préférées pour limiter la charge en électrolytes.

Interactions avec les antibiotiques fluoroquinolones et hormones thyroïdiennes

Les interactions du Gaviscon avec d’autres médicaments reposent principalement sur deux mécanismes : la modification du pH gastrique et la formation d’un film protecteur qui peut emprisonner temporairement certaines molécules, retardant ou diminuant leur absorption. C’est le cas notamment des antibiotiques de la famille des fluoroquinolones (comme la ciprofloxacine) et de certaines hormones thyroïdiennes (lévothyroxine), dont la biodisponibilité est très sensible à l’environnement gastrique.

Pour limiter ce risque, les recommandations officielles préconisent de respecter un intervalle d’au moins 2 heures entre la prise de Gaviscon et celle de la plupart des autres médicaments, et jusqu’à 4 heures pour les fluoroquinolones. De manière générale, si vous suivez un traitement chronique (anticoagulants, antiepileptiques, antirétroviraux, etc.), prenez l’habitude de demander conseil à votre pharmacien avant d’ajouter Gaviscon à votre routine. Un simple décalage des horaires de prise suffit souvent à éviter une interaction cliniquement significative.

Posologie optimale et modalités d’administration pour une efficacité maximale

La posologie du Gaviscon dépend à la fois de l’âge, de la forme galénique choisie et de l’intensité des symptômes. Chez l’adulte et l’enfant de plus de 12 ans, la posologie usuelle est de 1 comprimé à croquer, 1 sachet de gel ou 10 ml de suspension buvable (soit 2 cuillères à café), 3 à 4 fois par jour. Cette dose peut être doublée temporairement en cas de reflux important ou d’épisode particulièrement douloureux, toujours sur une courte période et sous réserve de ne pas dépasser les quantités maximales indiquées dans la notice.

Le moment de la prise est essentiel pour optimiser l’effet « pansement » de Gaviscon : il doit être pris après les repas, lorsque l’estomac est plein, et éventuellement au coucher si les symptômes surviennent la nuit. Il ne faut pas le mélanger directement à la nourriture ou au lait, sous peine de diminuer la capacité du gel à flotter à la surface du bol alimentaire. Les comprimés doivent être bien mâchés avant d’être avalés, tandis que les sachets de gel doivent être malaxés entre les doigts pour homogénéiser la suspension.

Chez le nourrisson et l’enfant, des posologies spécifiques, exprimées en millilitres et en nombre de repas, sont prévues (par exemple, 1 ml après chacun des 6 repas chez le nouveau-né, 2 à 5 ml chez le nourrisson selon l’âge). La forme nourrisson en flacon, dotée d’une pipette doseuse, est la plus adaptée pour cet usage. Dans tous les cas, l’utilisation chez l’enfant de moins de 12 ans doit se faire sur avis médical, et l’absence d’amélioration au bout de 7 jours doit conduire à une réévaluation de la situation.

Enfin, il n’existe pas de véritable intervalle minimal strict entre deux prises, mais si vous vous surprenez à dépasser régulièrement 10 à 12 cuillères à café par jour ou l’équivalent en sachets, c’est le signe qu’une consultation est nécessaire. Plutôt que d’augmenter indéfiniment les doses d’un antiacide, il vaut mieux rechercher la cause d’un reflux persistant et adapter le traitement de fond (IPP, changement de mode de vie, exploration endoscopique si besoin).

Effets secondaires répertoriés et profil de tolérance digestive du gaviscon

Un des atouts majeurs du Gaviscon réside dans son bon profil de tolérance, confirmé par des décennies d’utilisation et des millions de prises dans le monde. La majorité des utilisateurs ne ressentent aucun effet indésirable notable, surtout lorsqu’ils respectent les posologies recommandées et les durées de traitement limitées. Néanmoins, comme tout médicament, Gaviscon peut entraîner certains effets secondaires, principalement digestifs ou allergiques, qu’il est important de connaître pour réagir de manière appropriée.

Les effets indésirables rapportés avec les formes adultes (comprimés, suspensions en flacons ou en sachets) sont très rares. Ils incluent notamment des spasmes des bronches chez des sujets prédisposés (asthmatiques), et des réactions allergiques de type urticaire, éruption cutanée, œdème ou, exceptionnellement, choc anaphylactique. Chez le nourrisson, la suspension buvable peut être associée à des troubles bénins du transit (constipation, diarrhée, nausées), généralement transitoires et réversibles à l’arrêt du traitement.

Dans la pratique, si vous observez l’apparition de démangeaisons, d’une éruption cutanée, d’un gonflement du visage ou de difficultés respiratoires après la prise de Gaviscon, il faut immédiatement arrêter le médicament et consulter en urgence. En cas de simples modifications des selles chez le bébé (couleur plus claire, consistance un peu différente) sans altération de l’appétit ni de la prise de poids, il n’y a en revanche pas lieu de s’alarmer : ces variations sont fréquentes et sans gravité. Comme toujours, la clé est de rester à l’écoute de ses symptômes et de ne pas hésiter à demander l’avis d’un professionnel de santé si un doute persiste.